Emmanuel de Ryckel

Morceau choisi (4): Quand Ray Ventura propose à Georges Henry de rejoindre les “Collégiens”

In RAY VENTURA on 6 août 2009 at 05:25

…Et c’est à ce moment qu’il m’arriva quelque chose d’aussi surprenant que le contrat avec les Lecuona à Paris, quelques années auparavant.
À peine arrivés à Buenos-Aires, j’accourais vers mes camarades et compatriotes. Et c’est ainsi, qu’un jour, Ray Ventura me téléphone, me demandant de venir bavarder avec lui à son hôtel de la Plaza San Martin.
Et l’histoire des Lecuona à Paris recommença.
J’arrive à l’hôtel Plaza, à l’heure dite, et le célèbre Ray Ventura, très souriant, se lève et va à ma rencontre. Après quelques propos à bâtons rompus, cet homme auréolé d’un renom considérable aux yeux d’un français, surtout musicien, me fait la proposition suivante “Combien exigeriez-vous pour travailler dans mon orchestre?”
C’était beaucoup de respect et d’égard pour un jeune gars qui, finalement, n’avait que quelque quatre ans de profession, bien peu de temps après l’éblouissement du concert du Trocadéro qui avait décidé de mon avenir.
Je retrouvais grâce à cette proposition follement flatteuse la possibilité de récupérer mon identité, mes copains de Paris, ma langue et, pourquoi ne pas le dire, ma joie d’être français au milieu de tous ces garçons avec lesquels j’allais pouvoir de nouveau parler argot, utiliser sans hésiter les expressions qui sont comprises à demi-mot entre parisiens.
Quel plaisir, quel fierté de me retrouver français ! Mais, comment allais-je faire pour me séparer des Lecuonas?
Pendant très longtemps je vécus dans l’angoissante expectative d’une occasion qui n’eût pas paru une espèce de trahison vu les marques d’affection que me donnait sans cesse Armando et quelques uns de mes camarades cubains. Je ne pouvais pas leur faire ça comme on dit ! Et, j’avais bien peur que Ray Ventura ne se lasse d’attendre, ou que, quittant l’Argentine, je perde de vue mes compatriotes.
L’occasion me fût enfin donnée, bien longtemps après, par le frère d’Armando, Chiquito, qui malgré …